25 nov. 2011

Haïlé Sélassié - Guerre

Chers lecteurs et chères lectrices,

Désolé pour ce long silence rédactionnel, gageons qu'il s'agisse du dernier...

Je reviens vers vous pour partager un discours de Haïlé Sélassié 1er, empereur d'Ethiopie de 1930 à 1974. Ce discours a été prononcé le 6 Octobre 1963 à l'Organisation des Nations Unies.


Le discours original est prononcé en Amharique. Heureusement, Bob Marley chante une traduction en anglais d'une partie de ce discours, dans le morceau "War".

Plus près de nous, Bruno Blum a également livré sa version en français du même extrait. C'est ce morceau "Guerre" que je vous propose maintenant :




Voici les paroles :



Tant que la philosophie qui considère qu'une race est supérieure et une autre inférieure ne sera pas finalement et en permanence discréditée et abandonnée ;

Tant qu'il y aura des citoyens de première et de seconde classe dans une nation ;

Tant que la couleur de la peau d'un homme aura plus de signification que celle de ses yeux ;

Tant que les droits de l'homme de base ne seront pas garantis également pour chacun, sans distinction de race ;

Tant que ce jour ne sera pas arrivé, le rêve d'une paix durable, d'une citoyenneté mondiale et le règne de la moralité internationale ne resteront que des illusions fugitives, poursuivies mais jamais atteintes.

Et tant que les régimes mal inspirés et ignobles qui détiennent nos frères en Angola, au Mozambique et en Afrique du Sud
dans des chaînes inhumaines ne seront pas renversés et détruits ;

Tant que la bigoterie, les préjugés et les intérêts personnels n'auront pas été remplacés par la compréhension, la tolérance et la bonne volonté,

Tant que tous les Africains ne seront pas debout, et qu'ils ne parleront pas en tant qu'êtres libres, égaux aux yeux de tous les hommes comme ils le sont aux yeux du ciel,

Tant que ce jour ne sera pas arrivé, le continent africain ne connaîtra pas la paix.

Nous les Africains nous battrons, si c'est nécessaire, et nous savons que nous vaincrons, car nous avons confiance en la victoire du bien sur le mal.

La base de la discrimination raciale et du colonialisme a toujours été économique, et c'est avec des armes économiques que nous avons déjà surmonté certains de ces maux et que nous en viendrons à bout.

A la suite de résolutions adoptées à la conférence au sommet d'Addis Abeba, les états africains ont pris plusieurs mesures économiques qui, si elles étaient adoptées par tous les états membres des Nations unies, changeraient rapidement l'intransigeance en raison.

Je demande aujourd'hui que chaque nation représentée qui soit véritablement dévouée aux principes énoncés dans la charte adhère à ces mesures.

Nous devons agir tant qu'il en est temps, tant que se présente l'occasion d'exercer ces pressions légitimes, de crainte que le temps ne s'épuise et ne nous pousse à recourir à des procédés moins heureux.

En ces temps modernes, les grandes nations de ce monde feraient bien de se rappeler que même leur propre sort n'est pas entièrement entre leurs mains.La paix réclame les efforts unis de chacun de nous. Qui peut prédire quelle étincelle pourrait mettre le feu aux poudres ?

Pour chacun d'entre nous, l'enjeu est le même : la vie ou la mort.Nous souhaitons tous vivre.Nous cherchons tous un monde où les hommes seraient libérés des fardeaux de l'ignorance, de la pauvreté, de la faim et de la maladie.

Et, si la catastrophe devait survenir, nous serions tous pressés d'échapper à une pluie nucléaire mortelle. Les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui sont tous à parts égales sans précédent Ils n'ont pas de contrepartie dans l'expérience humaine.

Les hommes cherchent des précédents et des solutions dans les pages de l'histoire, mais il n'y en a aucun. Ceci est donc le défi suprême. Où allons-nous chercher notre survie, les réponses à des questions qui n'ont encore jamais été posées ?
Nous devons tout d'abord, nous tourner vers le Dieu Tout-puissant Qui a élevé l'homme au-dessus des animaux et l'a doté d'intelligence et de raison.

Nous devons avoir foi en Lui, qu'Il ne nous abandonne pas ou qu'Il nous permette de détruire l'humanité qu'Il a créée à son image. Et nous devons regarder en nous-mêmes, jusque dans les profondeurs de nos âmes.

Nous devons devenir ce que nous n'avons jamais été, ce à quoi notre éducation, notre expérience et notre environnement nous a très mal préparé.

Nous devons être plus grands que ce que nous avons été : plus courageux, à l'esprit plus large, au point de vue plus ouvert.

Nous devons devenir les membres d'une nouvelle race, dépasser nos préjugés insignifiants et nous soumettre à la fidélité ultime que nous devons non pas aux nations, mais à nos semblables les hommes au sein de la communauté humaine."




Vous pouvez télécharger ce morceau en version MP3 gratuitement sur le site de Bruno Blum alias Doc Reggae :
http://www.docreggae.com/musique/war.htm


Voici également la version complète du discours d'Haïlé Sélassié, traduit en français :
http://www.jahmusik.net/rastawar.htm





A NOTER
Bruno Blum vient de sortir le 11.11.2011 la compilation HUMAN RACE, sur laquelle se trouve le morceau :

Page Facebook (avec album de photos)

Pour écouter le disque

Pour voir le clip et acheter

Lire le livre


3 commentaires:

  1. En bonus, voici la présentation de l'« Appel à la Société des Nations », de Haïlé Sélassié I, le 27 juin 1936

    Depuis Londres, Haile Selassie I prépare son départ vers Genève afin de s'exprimer à la tribune de la Société des Nations. Il fait savoir à la Suisse cette intention ; si sa présence pour l'assemblée est acceptée, les autorités helvétiques s'opposent à un séjour trop long dans leur pays. Une fois à Genève, Haile Selassie se prépare pour son discours pendant quatre jours. Le 30 juin 1936, il arrive à la SDN. Au moment où il doit monter à la tribunes, des journalistes fascistes se mettent à crier : « Assassin ! À la guerre ! Va rejoindre ton gouvernement ! Ça suffit négrillon ! ». Au milieu de ce vacarme, Nicolae Titulescu, un diplomate roumain, s'élève et clame : « À la porte les sauvages ! ». L'assemblée éclate en applaudissements et le public des tribunes prend également part contre les journalistes qui ont été expulsés de la salle[116]. Une brève bagarre s'ensuit avant que l'atmosphère ne soit à nouveau calme. Entre temps, Haile Selassié est resté impassible.

    S'il a initialement opté pour le français, alors lingua franca de la majorité des membres de la SDN, le souverain éthiopien choisit au dernier moment de prononcer le discours en amharique. La traduction n'arrive qu'une demi-heure après. L'intervention est restée célèbre. Henze met cela sur le compte l'éloquence de Haile Selassie qui lui « valut les applaudissements de la salle et la sympathie du monde entier ». D'après Gontran De Juniac, « Son discours fit sensation. ». Malgré le « retentissement » de cet appel, il ne semble avoir eu aucun effet direct. Plus concrètement, le Negusse Negest évoque divers points importants. Il critique l'absence de soutien financier à l'Éthiopie[118], évoque le risque que cette crise représente pour la SDN et dénonce les crimes commis par les forces de Mussolini. Il insiste sur la portée plus globale de ce conflit :

    « C'est la sécurité collective. C'est l'existence même de la Société des Nations. C'est la confiance que chaque État place dans les traité internationaux. C'est la valeur des promesse faites aux petits États que leur intégrité et leur indépendance seront préservées. C'est le choix entre d'un côté le principe de l'égalité entre nations, et de l'autre celui de l'acceptation de leur vassalité. En un mot, c'est la moralité internationale qui est en jeu. »

    Haile Selassie s'indigne que l'on ait laissé un « gouvernement fort » détruire un autre peuple et déclare : « Dieu et l'Histoire se souviendront de votre jugement », une formule marquant ses déceptions concernant la sécurité collective. Il insiste sur ce point dans les dernières lignes de son discours et prévoit que d'autres pays pourraient subir le même sort que l'Éthiopie :

    « Nous le demandons aux cinquante-deux États qui nous ont promis naguère d'aider le peuple éthiopien dans sa résistance à l'agression. Que veulent-ils faire pour l'Éthiopie ? Et les grandes puissances, qui ont promis la garantie de la sécurité collective pour les petits Etats sur lesquels pèse la menace qu'ils pourraient un jour subir le sort de l'Ethiopie, je vous demande quelles mesures comptez-vous prendre ? »

    (source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Seconde_guerre_italo-éthiopienne)

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  2. « Je prie l’Assemblé de m’excuser si je ne m’exprime pas en français comme je l’aurais voulu ; mais je dirais mieux ma pensée, avec toute la force de mon esprit et de mon cœur en parlant en amharique. »



    « Moi, Haile Selassie Ier, Empereur d’Ethiopie, je suis aujourd’hui ici pour réclamer la justice, qui est due à mon peuple, et l’assistance qui lui a été promise il y a huit mois, lorsque 50 nations affirmèrent qu’une agression avait été commise en violation des traités internationaux. Il n’y a pas de précédent pour un chef d’Etat de parler lui-même devant cette assemblée. Mais, il est aussi sans exemple pour un peuple d’être victime d’une telle injustice et d’être à présent menacé d’abandon à son agresseur. Par ailleurs, il n’y a jamais eu auparavant un exemple de gouvernement procédant à l’extermination systématique d’un peuple par des moyens barbares, en violation des promesses les plus solennelles faites aux nations du monde, de ne point recourir à une guerre de conquête, et de ne point user du terrible poison des gaz nocifs contre des êtres humains innocents. C’est pour défendre un peuple qui lutte pour son indépendance millénaire que le chef de l’Empire d’Ethiopie est venu à Genève pour remplir ce devoir suprême, après avoir lui-même combattu à la tête de ses armés.

    Je prie Dieu Tout Puissant d’épargner aux nations les terribles supplices que mon peuple vient de subir, et dont les chefs qui m’accompagnent ici ont été les témoins horrifiés. J’ai le devoir d’informer les Gouvernements assemblés à Genève, puisse qu’ils sont responsables des vies de millions d’hommes, des femmes et d’enfants, du danger mortel qui les menace, en leur décrivant le sort que l’Ethiopie a souffert.

    Ce n’est pas seulement aux guerriers que le Gouvernement italien a fait la guerre ; il s’est surtout attaqué aux populations éloignées des hostilités, de manière à les terroriser et les exterminer.

    Au début, vers la fin de l’année 1935, l’aviation italienne a lancé des bombes à gaz lacrymogène contre mon armée. Leurs effets n’étaient que légers. Les soldats apprirent à se disperser en attendant que le vent eut rapidement dissipé les gaz toxiques. L’aviation italienne recourut alors à l’ypérite. Des fûts de liquides furent jetés sur ces groupes armés. Mais ce moyen fut également inefficace, le liquide eu des effets sur quelques soldats seulement et les barils sur le terrain étaient eux-mêmes un avertissement du péril pour les troupes et la population. »

    [...]

    Suite à l'adresse suivante :

    http://educasionpourlanation.e-monsite.com/pages/empereur-haile-selassie-ier/appel-de-haile-selassie-a-la-societe-des-nations-1936.html

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  3. AC (artilinki)28/12/2011 21:10

    ça me fait penser au texte de Stieg dagermann repris par les tête raides :
    http://www.dailymotion.com/video/xgcflc_tetes-raides-notre-besoin-de-consolation-2007_music

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